GRAINE Poitou-Charentes
Réseau d’éducation à l’environnement en Poitou-Charentes

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vendredi 4 mai 2007
par Yannick BRUXELLE

Conclusion : EE-EEDD, où en sommes-nous en Poitou-Charentes ?

L’ambition de cette Lettre du GRAINE a été de faire un point, forcément daté, des évolutions constatées dans notre région depuis les décisions et directives gouvernementales cherchant à s’imposer à tous depuis 2004 via la SNDD (stratégie nationale de développement durable).

La parole a été donnée aux praticiens et artisans de l’EE et EEDD afin qu’ils témoignent de leurs actions, fassent part de leurs ressentis et partagent leurs réflexions personnelles ou professionnelles.
Le processus de généralisation d’une EEDD, à visée quantitative, « pour tous et partout » a visiblement profité du cadre imposé. Il s’est appuyé sur l’impulsion de procédures d’accompagnement comme celle par exemple s’inscrivant dans le projet d’académie (Martine Hautot).
De toute évidence, des résultats sont là, des nouvelles personnes, établissements et structures sont touchés, presque tous les écrits, quel que soit le domaine, en témoignent !

Généralisation ne rime pas avec homogénéisation

Pourtant, la diversité reste de mise et l’originalité des projets montre bien que généralisation ne rime pas avec homogénéisation.
Toutefois, la fragilité est présente et comme nous y invitent Philippe Eon et Marc Gustave, la réflexion se doit de rester globale, ouverte et critique sur les dérives et leurres éventuels d’une généralisation affichée.
Le passage de l’EE à l’EEDD est clairement engagé et, comme le souligne Michel Hortolan, les éducateurs ne peuvent rester à l’écart mais se doivent de rester attentifs puisque leur mission est prioritairement émancipatrice .
On voit bien aussi que notre région n’était pas un terrain vierge en ce domaine et que les approches de l’EE vécues en Poitou-Charentes contenaient déjà pour partie les notions clés du développement durable (lire les articles de Nicole Marty, Véronique Jean, Damien Marie).
Les indicateurs du développement durable deviennent, encore timidement, des outils d’évaluation et de promotion de transversalités (Dominique Ellinger, Patrick Coronas, Jean Worms). Les personnes et les structures s’interrogent sur leurs pratiques et découvrent un sens nouveau à leurs actions (Géraldine Hequette, Vincent Lutton et Thomas Lebreuvaud, Gilles Brichet, Stéphane Troubat). Les personnels de structures administratives s’engagent collectivement à modifier leurs habitudes, à développer les dialogues et à rechercher des solutions adaptées à leur contexte professionnel (Aurélie Gorin, Lionel Bureau). Et au sein des établissements scolaires le grand changement semble bien être le mariage heureux entre des savoirs enseignés et la vie quotidienne de toutes les personnes (Christian Granseigne) mais aussi une meilleure inscription des établissements dans les dynamiques de leur territoire (Françoise Bourdu, Laurence Cailbault).
Des facilitateurs et des freins sont mis en évidence par tous. Des faiblesses méthodologiques sont repérées comme par exemple une méconnaissance des notions économiques, une difficulté à relier le local et le global, des risques d’activisme se limitant à des écogestes et pouvant s’écarter des missions éducatives : autant de pistes et chantiers de travail qui s’ouvrent pour nos formations et co-formations à venir.

Des démarches de plus en plus participatives et l’engagement vers une cohérence partenariale

S’appuyant sur des pratiques de longue date dans notre région, des espaces officiels de rencontre et de concertation ont pu être mis en place et validés comme le comité de pilotage partenarial de l’EEDD. Celui-ci a permis de réunir tous les partenaires autour d’une même table pour soutenir et accompagner les projets d’EEDD en milieu scolaire (voir l’encart page 23). Des conventions ont pu être signées, des opérations d’envergure ont vu le jour et sont en projet grâce aux travaux conjoints de l’Etat, des collectivités, des associations et plus ponctuellement d’entreprises. Des initiatives originales existent dans notre région (Virginie Charron, Pascale Aubert et Marlène Schoenzetter), d’autres dans d’autres régions constituent des sources d’inspirations (Marie Baudin et GRAINE Aquitaine).

La diversité : source de richesse

Si l’on veut que les diversités de logiques institutionnelles ou de terrain, les façons variées d’entendre le développement durable soient une richesse, il ne s’agit surtout pas de gommer nos différences mais bien de travailler chacun à bien définir sa place, ses compétences, son rôle, ses valeurs non négociables puis ensemble de constituer ce « système partenarial apprenant » qui saura construire au jour le jour les reconnaissances et les articulations possibles et efficaces pour agir de façon significative. La démarche est déjà fortement engagée dans notre région (l’existence et la structuration de l’Ifrée en témoignent largement) mais nécessite toujours des vigilances notamment parce que l’EEDD est devenue un sujet éminemment politique ce dont on ne peut que se réjouir à condition de se démarquer des dérives politiciennes.
Le partenariat est une pratique mais aussi une base de réflexion forte pour les associations qui veulent contribuer à cette ambition collective sans devenir des « prestataires de service » et tiennent à rester des acteurs à part entière non instrumentalisés dans une démarche pour laquelle elles ont su être pionnières.

Au travers de leurs récits, les différents auteurs de cette Lettre, associatifs ou membres d’institutions, ont montré qu’ils sont, par leurs « arts de faire », savants d’expériences et nous permettent de nous réjouir, selon la belle expression de Michel de Certeau, de la « liberté buissonnière des pratiques ». Ils nous prouvent que des faits heureux et de réels progrès sont là, mais peut-on pour autant s’autoriser à parler d’évolution au sens culturel du terme, c’està- dire s’inscrivant dans des acquis durables pour que l’EE (voire l’EEDD mais ce serait un autre débat...) devienne une réelle pratique sociale et politique intégrée et communément admise ?
Sans doute faudra-t-il encore beaucoup de temps, d’efforts convergents et de patience pour y parvenir.

Yannick Bruxelle, membre des réseaux associatifs GRAINE Poitou- Charentes et Ecole et Nature.

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