GRAINE Poitou-Charentes
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Comment sensibiliser à l’environnement les publics jeunes avec des animaux de captivité ?

vendredi 6 mars 2009, par Véronique BAUDRY

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Article extrait du numéro spécial de la Lettre du GRAINE n°18 "Éducation à l’environnement pour tous et partout, tout au long de la vie"

Article de Alexandre THEVENIN [1]


La Tribu des grands hiboux est une jeune association qui est née en 2006 à partir du postulat suivant : un des moyens de protéger une espèce comme le hibou grand duc européen (Bubo Bubo), est d’en présenter des spécimens dressés selon l’art de la fauconnerie donc imprégnés de l’image de l’homme. Une des demandes à laquelle nous avons répondu en premier, a été celle de nombreux enseignants de la région, professeurs des écoles ou enseignants du secondaire, qui souhaitaient que nous présentions nos oiseaux et expliquions leur mode de vie et leur raison d’être dans l’écosystème. Pour cela nous leur proposions de venir dans leurs écoles, et de présenter ainsi que de faire voler nos hiboux devant eux.

Vaste programme car le seul fait de la présence du hibou dans la classe est à lui seul un événement, et la facilité voudrait qu’on se laisse porter par cette présence pour ne plus faire qu’un spectacle ou une démonstration technique. Or nous voulions avant tout « profiter » de ce moment exceptionnel, non seulement pour faire découvrir un oiseau que l’on ne connait pas, ou seulement par le biais de littérature jeunesse et de certains contes, et que l’on voit très rarement dans la nature. L’objectif est aussi et surtout de lutter contre les tabous et autres idées reçues qui consistent à présenter les rapaces nocturnes comme des « bêtes de mauvais augure », malfaisantes ou nuisibles ; et ce même si le syndrome « Harry Potter » a contribué quelque peu à réhabiliter le hibou dans son image onirique et plus fantomatique.

De fait, la « simple » prestation qui consistait à faire voler le grand duc sous le préau de l’école (déjà assez compliqué en soi), est devenu peu à peu une étroite collaboration entre les enseignants et le fauconnier de l’association. Nous nous sommes aperçu que notre discours avait plus de poids s’il était relayé par l’enseignant après notre venue. D’où la nécessité d’accompagner nos prestations de documents pédagogiques, ce qui nous a obligé à étoffer notre offre et de réaliser un travail de préparation en amont et en aval de notre visite. Lorsque nous le pouvons nous rencontrons les enseignants dans leurs classes, et nous leur envoyons systématiquement une fiche technique, une convention ainsi que les documents mis à leur disposition par l’association. Ces documents vont de la fiche de présentation des hiboux et de leur rôle dans la chaine alimentaire au statut juridique des rapaces qui les protège dans leur milieu naturel.

Aussi, nous avons précisé et encadré les thèmes d’interventions en fonction de l’âge de l’enfant. Les thèmes abordés sont : « la place du hibou dans l’écosystème », « le hibou dans l’imaginaire collectif », « la fauconnerie en Europe du moyen âge à nos jours » ou encore « le hibou comme indicateur de biodiversité ». La liste n’est pas exhaustive et c’est souvent à partir des idées des enseignants, ou des élèves, que nous travaillons.

A partir de là, le vol du hibou ainsi que sa présence dans la classe sont devenus les moyen d’aborder avec les élèves tous les paramètres qui font du hibou un être à part dans la nature, puissant mais fragile. C’est aussi et surtout le prétexte pour évoquer les relations qu’il entretient avec les hommes et donc les modalités de sa protection. Face à cette problématique, de nombreux enseignants nous demandent de plus en plus d’expliciter les effets de la pollution mécaniques ou chimiques, les raisons de sa protection ou même encore les comportements sociaux qu’il développe avec son fauconnier. C’est pour nous l’occasion de préciser que nos oiseaux proviennent de captivité et sont imprégnés de l’image de l’homme depuis leur sortie de l’œuf. Ils vivront toute leur vie en compagnie de l’homme, et voleront tous les jours, mais dans le cadre du dressage et en présence du fauconnier qui les a élevés.

Enfin, nos objectifs dans l’association sont ceux d’une rencontre réussie entre les élèves et les enseignants et les oiseaux et les fauconniers. Souvent les publics rencontrés nous disent leur envie d’aller découvrir les rapaces dans la nature après qu’ils aient vu les nôtres ou même d’aller voir les ouvrages qui parlent du hibou grand duc et des rapaces en général. On ne sort pas indemne de la rencontre avec ce hibou.

Notre ambition est avant tout de faire découvrir le hibou grand duc. Nous sommes convaincus que la présence de l’animal et surtout la proximité que nous installons entre lui et les enfants, favorise cette découverte. Notre responsabilité est double : le bien-être de nos oiseaux et la qualité de notre discours qui accompagne le vol du hibou. Nous tentons modestement de répondre à ces deux problématiques dans la Tribu des grands hiboux.

Conclusion

Il est toujours compliqué d’évoquer rapidement la captivité de nos animaux car les liens qui nous unissent à eux sont ténus et compliqués.
Nous avons conscience que la captivité de nos hiboux pose problème. Certains pensent que cette captivité signifie l’emprisonnement, l’absence de liberté, et dans un élan d’anthropomorphisme attribuent des sentiments humains à un animal qui ne l’est pas. L’animal captif devient donc , dans cette logique, triste, en colère ou même frustré. Ça ne peut être ainsi. Dans la nature, les rapaces se déplacent la plupart du temps uniquement pour se nourrir. A partir du moment où ils sont nourris de la main de l’homme, leur vol - quotidien chez nous - revêt une autre signification. Quand nos hiboux volent, c’est évidemment dans le cadre et le rituel du dressage, mais nous sommes cependant toujours dépendants de leur bon vouloir ; et parfois ils ne font pas ce que l’on attendait d’eux. Et heureusement ! Nos oiseaux proviennent de captivité. Ils sont nés au contact de l’homme et sont imprégnés de son image. Le but n’est pas de les réintroduire dans la nature, mais d’apprendre à les découvrir indépendamment les uns des autres ; en tenant compte des particularités de chacun. Le travail de fauconnerie est avant tout la relation qui se crée entre un oiseau et son dresseur. Les animaux sauvages sont faits pour vivre dans leur milieu naturel mais ce milieu naturel se dégrade. L’homme prend de plus en plus de place et le grand duc, parmi d’autres, est un oiseau rupestre qui ne s’est pas adapté à l’urbanisation galopante et à la pollution, même s’il lui arrive de nicher à proximité de décharges publiques. Il est menacé ; et si on ne protège pas son environnement, il risque de disparaître.
Enfin, il ne faut pas oublier que c’est grâce à la reproduction en captivité et aux fauconniers que le faucon pèlerin, menacé d’extinction par le DDT [2] dans les années 80, existe aujourd’hui dans la nature. La fauconnerie est un art et elle est légitime quand elle ne fait pas de prélèvement dans la nature, et lorsqu’elle sert à éduquer les gens tout en respectant l’intégrité de l’oiseau et son bien-être.

Notes

[1Fauconnier, Tribu des Grands Hiboux, structure adhérente au GRAINE Poitou-Charentes. http://www.tribu-des-grands-hiboux.org/

[2Dichlorodiphényltrichloroéthane, pesticide

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