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Un enseignant créateur de jeu, et alors ? (Bruno FAIDUTTI)

jeudi 13 janvier 2011, par Bruno FAIDUTTI

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Texte de Bruno Faidutti paru initialement sur son site personnel


J’ai deux casquettes, celles de créateur de jeu et de professeur de lycée, et cela me vaut régulièrement des sollicitations pour travailler sur des "jeux éducatifs" ou pour parler sur le caractère éducatif du jeu.



J’ai toujours décliné la première offre, et s’il m’arrive parfois d’accepter la seconde, c’est pour tenir des propos qui ne sont pas ceux attendus d’un enseignant créateur de jeu, et qui vont à l’encontre de la mode du "ludo-éducatif".


Je tiens en effet le jeu éducatif pour un oxymore, comme
le montre d’ailleurs fort bien le fait que les meilleurs jeux
ne prétendent rien de plus qu’être des jeux, et que les
jeux qui se veulent éducatifs sont généralement d’un
intérêt ludique extrêmement limité. La volonté de faire
des jeux éducatifs part de l’hypothèse - en partie discutable,
d’ailleurs - que les djeuns n’aiment pas apprendre,
mais qu’ils aiment tous jouer. On va donc les faire
apprendre en leur faisant croire qu’ils jouent. C’est oublier
d’une part que personne, pas même un djeuns, n’apprécie
d’être pris pour un con, et d’autre part que gratuité
et vanité sont des composantes essentielles du jeu. Si l’on
joue dans un but autre que se faire plaisir en s’immergeant
dans le jeu, on ne joue plus vraiment, et le
plaisir a tôt fait de disparaître. Si l’on croit apprendre
sans travailler, on se fait de confortables illusions.



Alors, bien sûr, on entraîne sa mémoire en jouant au
memory, et l’on apprend les probabilités en jouant au
poker. Il reste que si l’on fait un memory pour entraîner
sa mémoire, ce n’est plus un jeu, et qu’apprendre les
probabilités avant de se mettre au poker semble plus
judicieux que l’inverse. Alors de grâce, messieurs les
pédagogues, laissez les joueurs jouer avec des jeux pour
jouer, et laisser les apprenants apprendre pour apprendre.


Novembre 2004.

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